LE TRAVAIL DE RUE A L’EPREUVE DU CONFINEMENT

Pendant toute la période de confinement, l’équipe éducative d’Hors la rue a veillé à adapter ses modalités d’intervention afin de maintenir le lien avec les jeunes accompagnés par l’association. Bogdan Pintea, éducateur  à Hors la rue, nous explique dans cet entretien dans quelles conditions le travail de rue a pu être maintenu et les impacts que cela a pu avoir sur l’accompagnement des jeunes.

Pouvez-vous nous expliquer comment vous organisez votre travail depuis le début du confinement afin de garder le lien avec les jeunes ?

Bogdan Pintea : Ce n’est pas une tâche évidente. Le lien avec certains jeunes est possible grâce à internet ainsi que différents réseaux sociaux comme Messenger ou WhatsApp. Malheureusement, tous les jeunes ne sont pas équipés d’un téléphone portable et nous avons ainsi perdu la trace de quelques jeunes. Néanmoins grâce à des solutions alternatives,  nous avons pu prendre des nouvelles des familles de certains d’entre eux, grâce aux divers partenariats associatifs.

De nombreux jeunes suite à l’annonce de confinement sont repartis en Roumanie. Malgré la distance le lien a été maintenu et nous essayons d’accompagner les jeunes dans leurs demandes notamment sur la possibilité de rentrer en France.

Le travail de rue a fortement été impacté par les mesures de confinement, néanmoins les maraudes sont maintenues, quels objectifs principaux sont poursuivis durant cette période?

Bogdan Pintea : Les objectifs sont restés quasiment les mêmes à savoir :

  • repérer les jeunes en danger et créer du lien,
  • repérer les éventuelles situations de Traite des Etres Humains, d’exploitation ou d’autres formes de maltraitance. Travailler avec ces jeunes à la construction d’un projet de vie en vue de sortir de la situation d’exploitation à plus long terme.
  • Accompagner les jeunes dans leurs démarches (santé, administratives, juridiques…) même si parfois cela a été très limité du fait de la fermeture de nombreuses institutions et structures d’accueil.

Pour autant, cette crise sanitaire a permis d’accentuer le travail de prévention sur les questions sanitaires et sur les diverses formes de prises en charge.

Enfin, nous avons dû répondre à de nombreuses demandes de mise à l’abri.


Quelle perception ont les jeunes du virus du Covid-19 ? Arrivent-ils à mesurer la dangerosité de la maladie ? Arrivent-ils à mettre en place les gestes barrières ?

Bogdan Pintea : Le discours peut varier d’une personne à l’autre. La plupart des jeunes avec qui nous sommes en contact sont bien informés sur le Covid-19 mais néanmoins peu d’entre eux respectent les consignes. De plus, en fonction des lieux où se trouvent les jeunes, il est difficile de pouvoir respecter la règle de la distanciation sociale en raison d’une surpopulation. S’ajoute à cela une forte préoccupation liée aux stratégies de survie faisant passer en second plan les consignes sanitaires. Il y a aussi des convictions basées sur le fait que le Covid-19 ne toucherait pas tout le monde et que certains groupes seraient épargnés. Notre intervention prend alors tout son sens et nous permet de questionner ces « vérités » directement avec les jeunes et de les mettre en garde sur les risques encourus. La vie sur les bidonvilles reste parfois inchangée et les activités collectives perdurent (football, fêtes). Ceux qui se sont exprimés ont pu dire des choses comme : « le virus ne touche pas les tsigans » ou encore « si tu es croyant tu ne tombes pas malade ».

En fonction de la situation du jeune et de sa prise en charge, la vision du virus n’est pas la même, la stabilité et le soutien des professionnels permettent aussi de voir les choses différemment.
Le port du masque reste aléatoire et quand il est, cela n’est pas toujours réalisé dans les règles. Nous avons eu par exemple un jeune qui se promenait seul dans la rue équipé d’un masque, qu’il a enlevé au moment de la rencontre pour pouvoir parler avec nous. Un autre l’a mis au-dessous de son nez… Cela manque parfois de précision sur la compréhension des gestes barrières et nous essayons par la régularité de notre présence de répéter les consignes de sécurité et de s’assurer de la bonne assimilation de celles-ci en adaptant le message à chaque jeune.

 

Les jeunes vivant en bidonvilles ainsi que leurs familles ont-ils les ressources nécessaires pour se nourrir et maintenir un niveau d’hygiène suffisant ? Quels sont les besoins qui s’ajoutent aux besoins initialement identifiés ?

Bogdan Pintea : Les ressources alimentaires sont assurées par de nombreuses associations sur les différents bidonvilles que nous connaissons. Cela a nécessité une forte coordination entre les divers acteurs associatifs et un temps d’adaptation et d’organisation. Les familles quant à elles se sont adaptées aux produits alimentaires qui étaient distribués ordinairement très attachées à la cuisine roumaine.

Certaines familles ont été contraintes de sortir du déconfinement plus précocement pour reprendre une activité économique. En plus des préoccupations alimentaires de nombreux autres besoins sont présents comme assurer la survie économique de la famille restée au pays. En Roumanie, l’aide institutionnelle ainsi qu’associative étant moins importante qu’ici et nombreux sont ceux qui se retrouvent sans ressources.  Certaines familles que nous connaissons ont été séparées depuis de début de la crise sanitaire (par exemple la mère en Roumanie et le père en France). Parfois, nous aidons ces familles à obtenir des informations sur les évolutions  dans les deux pays et le lien avec l’ambassade pour les informer régulièrement sur les possibilités de voyage (notamment de la Roumanie vers la France).

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