Le suivi psychologique en temps de confinement : entretien avec Hortense Bret, psychologue d’Hors la rue

Pendant toute la période de confinement, l’équipe éducative d’Hors la rue a veillé à adapter ses modalités d’intervention afin de maintenir le lien avec les jeunes accompagnés par l’association. Hortense Bret psychologue à Hors la rue, nous explique ici dans quelles conditions elle a pu poursuivre l’accompagnement psychologique des jeunes en situation d’anxiété liée au confinement.

 

Hors la rue : Dans un tel contexte, comment avez-vous assuré une continuité dans les suivis psychologiques ?

Hortense Bret : Ne pas rompre le lien avec les jeunes a été un objectif premier dans le début du confinement et pendant toute sa durée. Pour cela, j’ai appelé tous les jeunes qui venaient régulièrement en entretien de soutien psychologique pour leur proposer et définir un nouveau dispositif par téléphone. J’ai défini avec chaque jeune s’il souhaitait continuer les entretiens, quelle fréquence lui conviendrait et rappeler la règle de la confidentialité. Ces entretiens ont permis d’entrevoir une continuité dans l’espace de soutien proposé tout en adaptant ces modalités.

Au fur et à mesure du temps de confinement, les éducateurs ont pu aussi m’interpeller pour proposer à d’autres jeunes soit des entretiens par téléphone, soit de travailler une orientation au vu de la situation du jeune.


Hors la rue : Selon vous, comment les jeunes ont perçu la période de confinement ?

Hortense Bret : Le confinement a été perçu de manière générale assez négativement par les jeunes, même si chacun a réagi de manière singulière. Si je devais porter un regard sur le vécu des jeunes, j’ai pu observer trois « étapes » lors de ce temps de confinement :

  • Une étape teintée d’anxiété

Cette étape pourrait se résumer par cette question : comment je vais faire pour continuer à vivre ?  vivre à travers la question de ma situation administrative, à mes conditions de vie, à mes accès aux besoins primaires (nourriture, hygiène, etc…) ?

Prendre le temps d’écouter ces questions, d’accueillir la peur sous-jacente, de rassurer et d’expliquer ce qui était en train de se passer était la manière que j’ai utilisé pour accompagner les jeunes pendant ce temps-là. Ce qui était aussi tangible c’est que cet état psychique de mise en alerte, à la frontière de la panique, pouvait être familier pour certains, et complètement rejeté par d’autres car le revivre aurait été trop difficile à porter. En effet, pour certains jeunes, le confinement et plus spécifiquement la propagation du virus ne pouvait pas les atteindre, ne les concernait pas. Un travail de sensibilisation sur ce que c’est qu’une pandémie, un virus, les gestes barrières a donc aussi été abordé lors des échanges.

  • La création de nouveaux repères

De nombreux jeunes ont pu exprimer qu’ils avaient le sentiment d’être enfermé, des difficultés de sommeil, des cauchemars qui parfois les ont poussés à vivre la nuit et se reposer le jour. Ce fonctionnement, qui a surement eu pour but d’apaiser les souffrances psychiques, a engendré aussi d’autres appréhensions : la peur de devenir fou, l’isolement, la fatigue physique et psychique, la colère… Toujours dans une idée de continuer à accueillir, contenir et rassurer ces ressentis, j’ai aussi essayé de ne pas donner trop de poids aux choses négatives en essayant d’amener de l’extérieur, du dehors, de la liberté dans les échanges. Garder une écoute attentive, ne pas minimiser la reconnaissance de la réalité psychique de chaque jeune tout en essayant d’ouvrir leur regard vers ce qui peut se créer, se penser, se rêver, est un exercice complexe mais nécessaire pour que la perception de la situation vécue n’enferme pas à son tour les jeunes dans une négativité.

  • Le courage

Bien que cette force développée face à cette situation particulière, parfois contrebalancée par des moments de découragement, les jeunes font preuve de résilience et d’adaptation. Continuer à vivre, à parler, à partager un espace commun (à travers l’utilisation du téléphone), montre chez eux, une capacité d’être là. « j’ai envie de vivre ! » m’a dit un jeune lors d’un entretien. Phrase qui je trouve, résume bien ce temps de courage et d’espoir.

Pour conclure, il reste quand même toute la question du déconfinement et l’impact que cela peut avoir sur les jeunes et leur rapport au monde….

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