L’ ACCÈS À LA CULTURE ET À L’ ART, UN DROIT FONDAMENTAL POUR LES MINEURS ÉTRANGERS EN DANGER

Article écrit par le Collectif “Ensemble contre la Traite des Etres Humains”  en collaboration avec Aline Ladeira : art thérapeute spécialisée en drama thérapie (théâtre) à Hors la rue.

Depuis 5 ans, Hors la rue propose des ateliers de médiation artistique à des mineurs victimes de traite. Ces activités sont l’occasion de faire une pause dans leur quotidien, de s’exprimer, de se rencontrer autrement, de retrouver une place d’enfant.

Les ateliers d’art thérapie

Ateliers individuels

Différentes médiations sont utilisées telles que la peinture, le modelage ou le conte. Elles sont choisies par le jeune ou proposées par l’art-thérapeute, afin de s’adapter au mieux aux besoins. Le travail créatif, source de plaisir en lui-même, permet à l’enfant de se découvrir en se connectant à ses émotions et à son imaginaire. Et il facilite la création d’un lien de confiance avec la thérapeute qui permet d’engager un travail de symbolisation (digestion psychique des vécus par la mise en représentation). Pour des jeunes aux parcours souvent traumatiques et en situation de vulnérabilité, cet espace constitue un lieu d’expression, de reconstruction et de valorisation. Il s’inscrit ainsi dans un processus de résilience.

Ateliers collectifs au centre

Un atelier collectif hebdomadaire à lieu au centre. En 2018, un atelier de Marionnette Bunraku a été mis en place. De la fabrication de la structure au modelage, de la couture à la peinture, les jeunes ont passé sept séances à construire ces marionnettes. Dans un esprit ludique, cet atelier a permis à chacun de se valoriser à travers une tâche spécifique. Le long processus de création a contribué à intégrer facilement les nouveaux venus tout en maintenant une bonne dynamique de groupe dans un esprit d’écoute et de coopération. Les 13 autres séances ont été consacrées au jeu de marionnettes lui-même. Les marionnettes, mises en jeu par des outils du théâtre forum, permettent d’évoquer certains sujets sensibles qui ne sauraient s’exprimer avec des mots.

A travers des exercices, les enfants et les adolescents ont pu aborder leur vécu, leurs représentations, leurs émotions, leurs questionnements. Au mois de mai 2018, les jeunes, après deux journées entières de répétition, ont donné une représentation dans un café-théâtre associatif à Paris, devant un public composé de membres et de soutiens de notre association qui a réservé aux marionnettistes en herbe un accueil chaleureux. Pour chacun d’entre eux cet évènement était leur première expérience de la scène. Les applaudissements du public, l’accompagnement bienveillant

de l’équipe éducative et de l’art-thérapeute, et la production de photos et de vidéos du spectacle dont ils n’étaient pas peu fiers sont autant d’éléments qui ont rendu les jeunes heureux de cette expérience.

 

Atelier de Rue 

Un atelier a également lieu en rue, pour un groupe spécifique de jeunes (dont le point commun a été d’être contraints à commettre des délits) que l’association suit depuis longtemps. De septembre à novembre, des marionnettes ont été apportées lors des maraudes. Ce procédé ludique a facilité la création d’un lien entre l’art thérapeute et les jeunes. Il leur a surtout permis de s’exprimer à travers le jeu et la fiction qui aide à aborder des thématiques sensibles en les gardant à distance. Les jeunes ont ainsi mis en scène des aspects de leur vie qui les préoccupent mais dont ils ont du mal à parler : les consommations, la prison, la violence…

Depuis novembre, un centre socio-culturel met à disposition une salle. Cette activité a poussé ces jeunes surmenés par leur activité et enfermés dans une logique de groupe, à se concentrer sur eux-mêmes et à s’offrir ainsi un repos psychique. Ils ont aussi pu exprimer une sensibilité : certains ont écrit des lettres d’amour. Ce faisant, ils ont renforcé notre conviction quant à l’importance de replacer un jeune dans son rôle d’enfant ou d’adolescent. Au fil des mois, les jeunes se sont montrés de plus en plus impliqués par l’atelier.  Ponctuellement, un atelier photo et des exercices de théâtre leur ont été proposés. Ces ateliers permettaient alors à l’équipe et aux jeunes de se rencontrer autrement, de passer un moment ludique et joyeux ensemble.

Les bénéfices de la médiation artistique

Une pause dans le quotidien des jeunes

Pour les mineurs, ces ateliers sont d’abord vécus comme une parenthèse dans leur quotidien, durant laquelle ils peuvent lâcher les préoccupations et l’emprise qui pèsent sur eux pour retrouver leur place d’enfant. Ils peuvent se dégager de leur statut habituel et ils se livrent à des créations artistiques sur des thèmes qui les touchent : l’amour, l’humour, leurs difficultés… Leur sensibilité ressort de façon étonnante dans ces moments-là et les animateurs peuvent les redécouvrir sous un autre jour et instaurer une nouvelle relation de confiance avec eux à partir de ce qu’ils expriment et ce qui les traverse.

Une porte vers la reconstruction

Ces activités sont aussi des occasions de se reconstruire symboliquement à travers les activités proposées. La création artistique permet aux jeunes de se redécouvrir, et de développer de nouvelles capacités. Pour des mineurs souffrant souvent de discrimination, dont le regard social est difficile à assumer, c’est une façon de s’investir et se réaliser dans une activité positive qui les valorise. Ces ateliers sont des espaces où les jeunes peuvent se réinventer en développant leur créativité et leur imaginaire.

Une occasion d’exister autrement 

Les ateliers artistiques de groupe sont aussi l’occasion de créer de nouveaux liens avec les autres, surtout pour ceux qui sont dans une situation d’isolement. Le théâtre, en particulier, fait ressortir des traits de personnalité et permet d’exister autrement dans le groupe à travers l’humour, le jeu et les interactions ludiques.

L’accès à la culture et à l’art : un droit fondamental

Le droit culturel fait partie des droits de l’homme. Il comprend la possibilité de participer à la vie artistique et culturelle et le fait de pouvoir y accéder.

“L’art et la culture sont essentiels pour donner du sens à son existence, se l’approprier et s’inscrire dans la vie collective. C’est un excellent moyen pour transformer la place d’une personne ou d’un groupe dans la société.”

Pour les jeunes victimes de traite, le fait d’investir des domaines artistiques leur permet d’exister autrement, pour eux-mêmes et aux yeux de la société, et de faire valoir leur identité culturelle.

“L’animation d’ateliers de médiation artistique devient alors une façon de rendre ce droit humain fondamental à ces personnes. “

 

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