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Crise sanitaire : les conséquences sur les accompagnements

 

La situation de crise sanitaire qui a perduré tout au long de l’année a profondément touché l’ensemble de nos publics, en aggravant leur marginalisation et leur éloignement des structures de droit commun.

En effet, l’un des points communs à l’ensemble des jeunes accompagnés est qu’ils sont tous, dans leur grande majorité, très peu conscients de leurs besoins en termes de santé et qu’ils sont donc déjà, de fait, très éloignés de tous les dispositifs médicaux existants, ce même lorsqu’ils souffrent de maux graves et/ou chroniques.

Dans ce contexte, la prise de conscience relative à la gravité du Covid a été, parmi les adolescents accompagnés, extrêmement réduite et il n’a donc pas été possible de les amener à s’en protéger en se vaccinant. Il a par ailleurs été constaté par de nombreux experts que la carte des plus faibles vaccinations recoupait, de manière générale, celle de la pauvreté et d’un accès limité aux services publics.

Cela a eu, entre autres, pour conséquence que les jeunes accompagnés n’ont pu avoir accès, pendant la majeure partie de l’année, aux structures soumises à l’obligation du pass sanitaire/vaccinal, à savoir les cafés, les restaurants, les cinémas, les musées, les lieux de pratique sportive, limitant drastiquement nos capacités d’accompagnement auprès d’eux. En effet, ces lieux tiers, d’ordinaire facilement accessibles, constituent des supports indispensables à toute action d’aller-vers ciblant des adolescents en errance, en ce qu’ils facilitent le tissage de liens avec les groupes de jeunes et offrent des espaces-temps de répit par rapport à un quotidien précaire et tourné vers la survie. En effet, ces temps de pause éducatifs animés sur ces lieux-support permettent à la fois de soustraire le jeune à son activité/errance pendant quelques heures, de s’évader un peu, mais aussi de créer les conditions d’une accroche éducative favorisant l’émergence de demandes et, in fine, la mise en place d’un accompagnement individualisé.

Cette réalité nous a amené à développer des propositions éducatives alternatives et de proximité permettant à la fois de continuer à interagir avec les jeunes dans le cadre d’activités ciblées et de respecter les consignes sanitaires, à commencer par le respect des gestes barrières. La majorité des activités ont ainsi été proposées en extérieur, en plein air ou en petit collectif dans notre van, le centre d’appui aux maraudes étant essentiellement dédié aux accueils individualisés.

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Le placement de Sofia, jeune fille victime de traite

 

Sofia, jeune fille roumaine, victime de traite des êtres humains et contrainte à commettre des délits a bénéficié l’année dernière d’un placement éloigné dans un centre sécurisé et sécurisant, dédié aux mineurs victimes de traite. Nous revenons sur son parcours, ponctué de nombreux allers-retours.

« Si vous ne m’envoyez pas loin, ils vont toujours me retrouver ». C’est avec ces mots que Sofia a formulé à l’équipe d’Hors la rue une demande de placement éloigné, en se présentant spontanément dans les locaux de l’association. 

Lorsque Sofia arrive à Hors la rue ce jour-là, elle présente des traces de coups sur son visage. Elle nous fait alors part des violences dont elle a été victime quelques jours auparavant par un membre de sa famille. Elle nous dit : « ils m’envoient voler mais moi, c’est fini, je ne veux plus ». 

La gravité des violences que Sofia venait de subir a indéniablement précipité la formulation d’une demande de placement. Son éloignement et sa protection consécutive sont aussi le résultat d’un long travail mené en amont par les équipes d’Hors la rue, dès sa rencontre avec la jeune, puis en partenariat avec de multiples professionnels impliqués auprès de cette dernière. 

Ainsi, divers leviers ont favorisé progressivement son adhésion à l’idée d’un placement éloigné. 

Des temps de « rupture » dans le quotidien de Sofia

Hors la rue connaît Sofia depuis de nombreuses années. D’abord rencontrée en rue par notre équipe parmi un groupe de pairs, elle a ensuite bénéficié de diverses activités collectives, organisées dans le cadre des maraudes (activités sportives, culturelles, art-thérapie). Au-delà de ces activités de groupe, les éducateurs ont pu individualiser, petit à petit, la relation avec Sofia dans le cadre de rencontres plus personnelles. C’est au cours de ces moments spécifiques que Sofia, extraite de son groupe d’appartenance, a peu à peu verbalisé le fait d’être contrainte à voler par ses proches et souffrir de cette situation. Son témoignage a alors fait l’objet d’un signalement pour traite des êtres humains auprès des autorités compétentes.

 

Si ces moments se sont révélés importants dans le cadre de la création et de l’approfondissement du lien avec Sofia, sa participation à plusieurs sorties, en dehors de son contexte habituel de vie, et notamment à un séjour de rupture a certainement été un moteur dans l’affirmation de son choix. Le fait d’être éloignée de son quotidien, d’être au contact d’autres jeunes et d’adultes bienveillants extérieurs à son groupe d’appartenance, de participer à des activités ludiques adaptées à son âge, lui a aussi permis de vivre pendant quelques jours, une vraie vie d’enfant. Ce séjour a aussi été l’occasion d’aborder avec elle sa perception de la réalité d’une vie en foyer et les possibilités dont elle pouvait se saisir, avec l’aide des professionnels, afin de s’extraire de son quotidien d’exploitation. 

Constance de l’accompagnement et diffusion du discours de protection

Bien que les demandes de Sofia pouvaient parfois sembler décousues, voire contradictoires, l’équipe d’Hors la rue s’est montrée constante dans l’accompagnement proposé et a réitéré tout au long des rencontres l’assurance de son soutien à la jeune (écoute bienveillante, prise en compte de sa situation d’exploitation, accompagnement vers la santé, accompagnement vers un juge des enfants). Ainsi, la constance du discours de protection à l’égard de cette mineure avec la répétition des possibles existants pour elle a pu également être un levier.

Il est important de souligner que ce discours de protection a également été diffusé par d’autres partenaires, dans des contextes bien différents (audiences, déferrement, auditions de police…). La répétition de ce discours, tenu par des adultes différents, et distillé dans des cadres divers est aussi un facteur de verbalisation d’une situation d’exploitation, pouvant faire émerger une demande de protection. 

La prise en compte, par les professionnels de la Justice, du statut de victime pour des enfants qui commettent des délits dans le cadre d’une exploitation et le changement de regard porté sur eux, leur permet enfin de se percevoir autrement que comme délinquant et facilite aussi une sortie effective de l’exploitation.

Un travail de partenariat décisif

Le placement de Sofia n’aurait pu être réalisé sans le soutien de nombreux acteurs (Aide Sociale à l’Enfance, Protection Judiciaire de la Jeunesse, Juge des enfants, Parquet des mineurs, Brigade de Protection des Mineurs, associations spécialisées dans l’accompagnement des mineurs victimes de traite gérant des dispositifs adaptés, avocats spécialisés sur la thématique de la traite des mineurs).  

S’il est important de préciser que l’ensemble des partenaires a travaillé de façon concertée, en partageant les informations dans un cadre restreint, ces derniers ont également su adapter leurs pratiques à la situation extrêmement particulière de cette jeune. Ainsi, on s’aperçoit que dans le contexte très spécifique du placement de mineurs victimes de traite qui implique de nombreux « allers-retours » (fugues, peur de l’inconnu, conflit de loyauté, emprise…), il est parfois requis de faire un « pas de côté » dans sa pratique professionnelle habituelle et de sortir du cadre, afin de proposer la solution la plus adaptée à la singularité de la situation. 

Il semble évident que dans le placement de Sofia, la flexibilité des institutions et des divers acteurs impliqués a concouru à la réussite de cette opération.

Le droit au doute 

Malgré la verbalisation de sa situation d’exploitation et la tristesse qu’elle pouvait ressentir, les demandes de Sofia, au cours de ces années d'accompagnement, ont toujours été ambiguës. Il était en effet très difficile pour elle de se projeter dans un autre monde, un « ailleurs », sans ses proches et sa communauté. Ainsi, s’il était évident qu’elle souffrait de la contrainte qu’elle subissait, Sofia pouvait agir de manière ambivalente vis-à-vis d’Hors la rue et des professionnels qu’elle rencontrait : solliciter un placement, se rétracter,  fuguer de divers lieux de placement, ne plus adresser la parole à Hors la rue pendant plusieurs semaines, disparaître du territoire parisien, venir sur le centre d’appui aux maraudes, formuler le souhait de participer à des activités…

Le récit de l’accompagnement de Sofia permet de se rappeler à quel point il est important de prendre le temps pour accompagner les enfants présumés victimes de traite, de respecter leur temporalité et parfois leurs doutes. Or, on constate souvent que les temporalités des acteurs impliqués peuvent être différentes, voire s’entrechoquer. Ainsi, la temporalité de l’avocat sera différente de celle de l’éducateur mais aussi de celle du policier, ou du juge. On en oublie presque parfois la temporalité de l’enfant ou de l’adolescent lui-même, à qui l’on demande souvent de ne pas se tromper, d’être constant dans ses choix, d’être en adhésion avec des décisions qu’il ne comprend souvent pas.

Le fait de regarder ces jeunes comme des enfants, les écouter, leur accorder du temps, tout en restant constant dans l’accompagnement proposé leur permet aussi de redevenir acteur de leurs choix. 

 

*les noms et les lieux ont été modifiés afin de préserver l’anonymat des personnes concernées

 

Crédits photo : Jean Louis Antoine et l'équipe d'Hors la rue

 

 

Pour aller plus loin 

Vous pouvez consulter notre guide « Mieux accompagner les mineurs contraints à commettre des délits », p 64, Chapitre VI, Accompagner un mineur victime de traite dans un lieu sécurisant et sécurisé.

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Hors la rue recrute un.e éducateur.rice polyvalent.e arabophone


L’association Hors la rue recrute un.e éducateur.rice polyvalent.e arabophone pour un projet innovant porté par les associations Aurore et Hors la rue en direction des mineurs non accompagnés

Calendrier du recrutement

- Envoi des candidatures : du 18 au 31 juillet 2022

- Prise de poste : dès que possible

Recruteur

Association Hors la rue

Siège social : 70 rue Douy Delcupe, 93100 Montreuil

Titre du poste

Éducateur.rice auprès de mineurs étrangers en situation d'errance à Paris

L’association

Rejoindre Hors la rue, c’est travailler pour une association à taille humaine engagée auprès des mineurs les plus en danger. Si vous souhaitez trouver du sens à votre vie professionnelle, nous sommes une association au projet unique et aux méthodes de travail reconnues. Depuis 2004, Hors la rue repère et d’accompagne les mineurs étrangers en danger et en situation d’errance (en situation de rue, squat, bidonville), âgés de 7 à 18 ans, vers le droit commun.

Rejoindre Hors la rue, c’est faire partie d’une équipe chaleureuse et pluridisciplinaire. La convivialité et le partage des connaissances, entretenus par chacun des membres de notre équipe, éducateurs et éducatrices, psychologue, chargées de mission lutte contre la traite des êtres humains, art-thérapeute et responsables, font partie de notre réussite collective.

Pour en savoir plus sur nos activités et nos publics, n'hésitez pas à consulter notre dernier rapport d'activité !

Le projet

Les associations Hors la rue et Aurore ont décidé d’unir leurs convictions et leurs compétences pour mettre en œuvre un projet de repérage, d’accompagnement et de mise à l’abri des mineurs étrangers en situation d’errance aggravée à Paris. Celui-ci a démarré le 1er octobre 2021. Dans le cadre de ce projet, financé par la Direction de l'Action Sociale de l'Enfance et de la Santé, Aurore est chargée de la gestion administrative et financière globale de la mise à l’abri et de l’accompagnement médical des jeunes suivis et Hors la rue du repérage et de l’accompagnement éducatif. Le travail de rue consiste en des tournées régulières que nous effectuons sur les lieux d’errance, d’activités et de vie des jeunes étrangers les moins demandeurs et les plus éloignés de la protection de l’enfance pour leur proposer un accompagnement éducatif collectif (activités sportives notamment) et individualisé, des soins et une orientation vers la mise à l’abri. La mise à l’abri est située au 20 Boulevard Poniatowski dans le 12ème arrondissement de Paris.

Le public

Les cibles du projet sont les mineurs, âgés de 10 à 17 ans, pour la plupart d’origine marocaine et algérienne, en situation d’errance aggravée sur différents territoires parisiens (le 18ème et le 16ème arrondissement de Paris notamment). Il s’agit d’un public très vulnérable cumulant diverses problématiques (addictions, maladies psychiques, troubles du comportement, conduite délictuelle) et qui adhèrent peu aux mesures de protection.

Principales missions

Placé.e sous la supervision du responsable de l’équipe éducative, vous êtes chargé.e des actions d’aller-vers, en rue, et d’accompagnement des mineurs en errance vers les dispositifs existants.

Avec les enfants :

  • Mener des maraudes exploratoires/de repérage et de suivi de jour (60 à 70% du travail se fait en rue) ;
  • Concevoir, organiser et mener des actions éducatives, sportives et culturelles avec les jeunes accompagnés, au sein du local d’appui et à l’extérieur ;
  • Établir un diagnostic social partagé avec chaque jeune rencontré et mettre en œuvre un accompagnement (social, sanitaire, éducatif) adapté à sa situation ;
  • Assurer les transitions matin et soir avec la mise à l’abri de nuit.

 

Avec l’équipe éducative :

  • Produire des écrits professionnels (information préoccupante, signalement, note pour le juge des enfants, rapport d’activité, note de synthèse…) ;
  • Contribuer à l’animation des réunions d’équipe et aux partages de bonnes pratiques ;
  • Participer à la rédaction du projet d’établissement et du rapport d’activité ;
  • Constituer et compléter des documents administratifs (dossier de la personne accueillie) en lien avec les partenaires ;
  • Contribuer à l’élaboration et à la mise à jour des outils pour améliorer la qualité des suivis ;
  • Contribuer à la qualité du recueil de données quantitatives et qualitatives ;
  • Participer aux réunions de synthèse et de coordination avec les partenaires associatifs ;
  • Identifier et maintenir un réseau local de partenaires associatifs et institutionnels.

Profil / Compétences du.de la candidat.e

Expérience :

2 ans d’expérience réussie dans une action de terrain en France ou à l’étranger auprès de publics en situation de précarité, idéalement mineurs. Une expérience auprès des enfants des rues est un plus.

Diplômes : Diplôme d’État d’Éducateur Spécialisé souhaité ou expérience équivalente

Langues : Maîtrise du français à l’oral et à l’écrit. La connaissance de l’arabe est souhaitée.

Qualités : Capacité à écouter, à faire preuve d’empathie et d’adaptation. Capacité à accompagner une personne et à valoriser son parcours de vie. Goût pour le travail de rue. Capacité à concevoir et à animer des activités adaptées aux attentes et aux besoins des personnes accueillies. Capacité à travailler en équipe pluridisciplinaire et en réseau. Bonne capacité à travailler en équipe. Connaissance des dispositifs de la protection de l’enfance. Connaissance des caractéristiques et contextes des publics accueillis. Sens de la communication interpersonnelle dans la gestion de conflit et capacité à prendre du recul face à la violence et à la précarité des jeunes. Le Permis B est un plus.

Type de contrat, rémunération et conditions de travail de travail

  • CDD de 12 mois à pourvoir dès que possible. Un CDI peut être envisagé.
  • 35h/semaine sur des horaires variables entre 8h00 et 21h00 et un week-end par mois
  • 2107,11 euros brut avec une augmentation de 6,9% après 6 mois.
  • Tickets restaurants de 8 Euros pour tous les jours travaillés (pris en charge à 50% par l’employeur)
  • Mutuelle santé 100 %
  • Remboursement titre de transport en commun à 50% + abonnement vélib pris en charge à 100%
  • 25 jours de congés annuels + 18 jours de congés supplémentaires

Niveau d'études

En fonction de l'expérience

Date de publication

18/07/2022

Contact

Guillaume Lardanchet, Directeur

Mathilde Archambault, Responsable des pôles éducatifs

Moustapha Ezziadi, responsable de l’équipe éducative du projet MNA en errance

recrutement@horslarue.org

 

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30 000 enfants enfermés, 9 condamnations et la France refuse toujours d'agir !

Interdire définitivement l’enfermement administratif des enfants

Dans une tribune publiée sur le site du Monde.fr et cosignée par 25 associations, Adeline Hazan, présidente de l’UNICEF France, Fanélie Carrey-Conte, secrétaire générale de la Cimade et Flor Tercero, présidente de l’association des avocats en droit des étrangers, appellent le gouvernement à interdire définitivement l’enfermement administratif des enfants.

L’année dernière, la France était condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour avoir enfermé pendant 11 jours une mère et son bébé de 4 mois au centre de rétention du Mesnil Amelot et leur avoir infligé un traitement inhumain et dégradant.

Le 25 mai dernier, le gouvernement demandait au Conseil de l’Europe de clore le suivi de cette affaire estimant qu’aucune mesure générale n’était requise, refusant ainsi de modifier la loi.

Au même moment, 25 enfants étaient enfermés dans la zone d’attente de Roissy, 7 autres au Mesnil-Amelot. La plupart avaient moins de 13 ans.

Depuis 2012 et la première des neuf condamnations de la France par la Cour européenne des droits de l’homme pour l’enfermement d’enfants en centre de rétention, au moins 33.786 enfants ont été placés en rétention (dont plus de 1460 en métropole) auxquels il faut ajouter les centaines d’enfants maintenus aux frontières et les dizaines de mineurs isolés placés en rétention avant une décision définitive sur leur minorité en violation de la loi.

Tous sont enfermés pour de simples raisons administratives, en violation du droit international et du principe d’intérêt supérieur de l’enfant. Pire encore, cette pratique s’est poursuivie durant la pandémie alors même que plusieurs foyers épidémiques ont été déclarés dans les lieux d’enfermement où la promiscuité favorise la propagation du virus.

L’exposition accrue des enfants à la contamination s’ajoutait alors aux impacts dramatiques du seul enfermement sur leur santé : repli sur soi, refus de s’alimenter, insomnies, stress et symptômes pouvant s’apparenter à du stress post-traumatique. Au quotidien, dans les CRA, les enfants peuvent être confrontés à des événements traumatisants (automutilations, suicides, tentatives de suicide, éloignements sous contrainte), et évoluent dans un environnement violent privatif de liberté matérialisé par une présence policière constante, les appels réguliers aux haut-parleurs, les grillages, les barbelés et le bruit des verrous. La France se rend responsable de ces maux et de leurs conséquences sur le long terme. Il n’est plus admissible de continuer à faire subir ces conditions insupportables de rétention à des enfants.

En mai 2020, le député Florent Boudié, soutenu par l’ensemble du groupe parlementaire de la majorité présidentielle, déposait une proposition de loi visant à encadrer strictement la rétention administrative des familles avec mineurs. Si la portée de ce texte était trop réduite et se cantonnait à encadrer la rétention en métropole, cette initiative parlementaire permettait néanmoins une mise à l’agenda de ce sujet à l’Assemblée nationale, qui aurait pu ré-ouvrir la voie à une interdiction stricte de l’enfermement administratif des enfants – comme le commande l’application de la Convention des droits de l’enfant. Faute de volonté politique, sa proposition n’a jamais été examinée.

Nous appelons le gouvernement et les députés nouvellement élus à interdire définitivement l’enfermement administratif des enfants et à élaborer des solutions conformes aux droits de l’enfant.

C’est la recommandation clairement énoncée par le Comité des Droits de l’enfant. C’est la seule façon d’éviter de nouvelles violations de la Convention Européenne des Droits de l’Homme. C’est ce que demandent 177 000 personnes mobilisées lors de nos précédentes campagnes. C’est enfin le sens des contributions écrites que trois de nos organisations transmettent aujourd’hui au Conseil de l’Europe.

Signataires :

  • Fanélie Carrey-Conte, secrétaire générale de la Cimade
  • Adeline Hazan, présidente de l’UNICEF France
  • Flor Tercero, présidente de l’association des avocats en droit des étrangers

Cosignataires :

  • Patrick Baudoin, président de la Ligue des Droits de l’Homme
  • Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la Solidarité
  • Véronique Devise, présidente du Secours Catholique – Caritas France
  • Emilie Dewaele, présidente de l’association InfoMIE
  • Patrick Doutreligne, président de l’Uniopss
  • Claire Dujardin, présidente du Syndicat des Avocats de France
  • Colette Duquesne, présidente de l’association « Des droits pour grandir »
  • Dynamique « De la Convention aux Actes »
  • Michel Guilbert, président de Clowns sans frontières
  • Guillaume Lardanchet, directeur de l’association Hors la Rue
  • Joran Le Gall, président de l’Association Nationale des Assistants de Service Social
  • Chantal Mir, directrice générale du Groupe SOS solidarités
  • Alexandre Moreau, président de l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers – Anafé.
  • Isabelle Moret, directrice générale de SOS Villages d’Enfants, membre de la Dynamique «De la Convention aux actes !»
  • Marie-Noëlle Petitgas, présidente de l’Association Nationale des Assistants Maternels Assistants & Accueillants Familiaux
  • Jean-François Quantin, co-président du Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuple – MRAP
  • Kim Reuflet, présidente du Syndicat de la Magistrature
  • Antoine Ricard, président du Centre Primo Levi
  • Vanina Rochiccioli, présidente du Gisti
  • Yves Rolland, président d’ACAT France
  • Jean-Luc Rongé, président de DEI-France
  • Delphine Rouilleault, directrice générale de France Terre d’Asile
  • Jean-Claude Samouiller, président d’Amnesty International France
  • Pierre Suesser, co-président du Syndicat national des médecins de PMI
  • Noanne Tenneson Lier, directrice générale de l’Association des Avocats pour les Droits de l’Homme (AADH)
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Rapport d'activité - 2021

Vous pouvez retrouver le rapport d'activité en cliquant sur le lien suivant :

 

Voir le rapport d'activité (pdf)

 

ÉDITO par Estelle Denize, Présidente

Depuis sa création Hors la rue s’appuie sur deux principes directeurs afin de mener ses actions. Tout d’abord la primauté de l’enfance sur toute autre considération.

Ensuite, le fait que tout enfant, quel que soit son parcours, doit disposer d’un plein accès aux droits que lui confère la Convention internationale des droits de l’enfant, notamment le droit à la protection, à l’accès aux soins et à l’éducation.

En 2021, nous nous sommes mobilisés auprès des enfants en déployant nos actions au plus près de leurs besoins avec pour boussole non seulement leur accompagnement mais aussi le travail quotidien avec les institutions afin de permettre une prise en charge effective et adaptée.

Partager et rassembler

Ces ambitions et ces principes ont été à l’œuvre lors de notre journée d’étude du 25 juin dernier rassemblant plus de 200 professionnels et acteurs de la protection de l’enfance. Quatre ans après le dernier séminaire organisé par Hors la rue qui avait pour objet de dresser un constat sur les différents dispositifs existants en matière de protection des mineurs victimes de traite, nous avons souhaité poursuivre une réflexion sur la protection des mineurs en danger, éclairée par une approche pluridisciplinaire (sciences humaines et médicales).

En effet, depuis plusieurs années, Hors la rue observe l’inadéquation des structures de la protection de l’enfance pour certains mineurs en danger. Fugues à répétition, non-adhésion à la prise en charge proposée, soins qu’ils n’estiment pas nécessaires viennent alors chambouler les pratiques professionnelles. La libre adhésion, un des principes de notre association, vient se confronter à la question de la contrainte.

Comment rechercher l’accord de ces jeunes, trouver des points d’accroche remettant au centre leur singularité, tout en articulant ce travail avec le cadre administratif ou judiciaire ? Comment identifier des leviers thérapeutiques pouvant être des pivots pour cheminer avec le jeune vers un mieux-être ? Comment trouver des voies autres que celles de la pénalisation et de l’enfermement ?

Ce n’est que par des actions concertées et des partenariats forts avec d’autres structures institutionnelles et associatives que nous pouvons espérer sortir ces enfants de la rue et des emprises dont ils sont victimes.

Relever de nouveaux défis

Cette année, Hors la rue a aussi pris la décision de répondre à l’appel à projet formulé par la Mairie de Paris afin de poursuivre la mise en œuvre d’un dispositif spécifique pour les mineurs étrangers en errance. En quelques mois, en partenariat avec l’association Aurore, nous avons recruté une équipe dédiée et travaillons désormais ensemble au profit de ce public. Hors la rue se doit d’aller au plus près, d’être présent auprès de ces enfants malgré les difficultés. Ces mineurs requièrent et méritent toute notre attention afin de cheminer avec eux vers une protection et vers le soin. Il est trop souvent admis que ces enfants ne sont pas demandeurs. Mais la demande de ces jeunes est implicite. Il nous revient de la décortiquer. Ces jeunes refusent la déshumanisation. Cela nous oblige à développer des stratégies pour nous mettre à leur écoute et comprendre leurs demandes. À commencer par reconnaître leur humanité et les considérer en tant qu’enfant. Il s’agit là du cœur de nos actions. Au nom de tout le Conseil d’Administration, je remercie chaleureusement nos partenaires, nos bailleurs et nos donateurs pour leur confiance et leur fidélité. De même, nous adressons nos très sincères félicitations aux équipes dont l’implication, l’engagement et la mobilisation sans faille au nom de la protection de l’enfance ne sont plus à démontrer.

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Communiqué du collectif "Ensemble contre la traite des êtres humains"

Le Collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains »*  a rencontré le Secrétaire d’Etat en charge de l’enfance et des familles, le jeudi 9 décembre 2021. Cette rencontre a été l’occasion pour le Collectif de rappeler ses actions de terrain et de plaidoyers sur tout le territoire et au niveau international depuis une quinzaine d’années.

Le Collectif a pu faire part de ses préoccupations et recommandations concernant la prise en compte de toutes les formes d’exploitation et de traite dont sont victimes les mineurs en France.

Le Collectif souligne l’importance du premier Plan national de lutte contre la prostitution des mineurs, présenté en Novembre 2021. Il se félicite que la France soit devenue Pays pionnier dans le cadre de l'Alliance 8.7 pour éliminer le travail des enfants (à l’horizon 2025), le travail forcé, la traite des êtres humains et l'esclavage contemporain (à l'horizon 2030).

Le Collectif a tenu à rappeler que les enfants sont victimes de toutes les formes de traite : exploitation sexuelle, travail des enfants, obligation à mendier, esclavage domestique, contrainte à commettre des délits, mariage forcé ou servile… Ces tragédies n’ont pas de genre et concernent aussi bien les mineurs français et étrangers, parfois isolés, sur notre territoire. Dès lors, ces mineurs sont avant tout à considérer en tant que victimes et doivent pouvoir bénéficier de l’accès au droit commun en matière de protection de l’enfance, pleinement et de manière inconditionnelle.

Le Collectif demande à ce que des plans de prévention et des actions coordonnées d’identification des mineurs soient mis en place dans tous les territoires. Cela devra se traduire par :

  • L’implication de la société civile dans l’élaboration de ces plans.
  • Une communication grand public de sensibilisation.
  • La maitrise et le contrôle de l’environnement numérique dans une approche inclusive et de détermination de la responsabilité des acteurs du numérique.
  • La formation de tous les acteurs de l’enfance et autour de l’enfance (notamment du social et du médical) pour améliorer le repérage des victimes.
  • Le renforcement de la coopération entre les services de l’Etat et les collectivités, les départements, en particulier.
  • Le développement des actions d’« aller-vers ».
  • Des actions de renforcement des capacités des jeunes victimes potentielles à repérer les situations à risque et s’en protéger.

 

Le Collectif appelle à ce que la qualification juridique de traite soit davantage retenue afin que les enquêtes puissent être menées en ce sens, et pour une meilleure prise en compte des victimes. De plus, le Collectif rappelle l’article 26 de la Convention du Conseil de l’Europe et le principe d’irresponsabilité pénale concernant les mineurs contraints à commettre des délits qui doit trouver son application en France.

Enfin le Collectif a rappelé la nécessité d’une prise en charge globale, sur mesure et anticipée pour ces mineurs. La gestion des addictions et l’accès à des dispositifs de soins adaptés sont primordiaux.

 

*La Délégation était composée de : Geneviève Colas, Coordinatrice du Collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains pour le Secours Catholique – Caritas France, Aurélie de Gorostarzu pour Hors la Rue, Naham Hriech Wahabi pour l’OICEM et Ludivine Piron pour ECPAT France.

 

Les membres du Collectif  «Ensemble contre la traite des êtres humains» : Action Catholique des Femmes, AFJ, Agir Contre la Prostitution des Enfants, Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme, Amicale du Nid, Armée du Salut, Association pour la Réadaptation Sociale, Aux Captifs la libération, Comité Contre l’Esclavage Moderne, Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine, Congrégation Notre Dame de Charité du Bon Pasteur, Conseil Français des Associations pour les Droits de l’Enfant, ECPAT France, Fédération des Acteurs de la solidarité (FAS), Fédération de l’Entraide Protestante, Espoir CFDJ-Service Jeunes errants, Fondation Jean et Jeanne Scelles, Hors la rue, Justice et Paix France, Koutcha, La Cimade, La Voix de l’enfant, Les Champs de Booz, Mouvement du Nid, Organisation Internationale Contre l’Esclavage Moderne, Planète Enfants et Développement, SOS Esclaves, et le Secours Catholique Caritas France qui coordonne le Collectif.

Contact : Coordination du Collectif "Ensemble contre la traite des êtres humains"
Geneviève Colas - Tél: 06 71 00 69 90 – genevieve.colas@secours-catholique.org

www.contrelatraite.org

Jeunes mineurs hors la rue paris

Découvrez le colloque d’Hors la rue « Libre adhésion et contrainte : quel accompagnement proposer aux mineurs en danger non demandeurs de protection ? Constats et regards croisés »

La journée d’étude sur le thème « Libre adhésion et contrainte : quel accompagnement proposer aux mineurs en danger non demandeurs de protection ? Constats et regards croisés », organisée par Hors la rue s’est tenue le vendredi 25 juin 2021 à l’Auberge de jeunesse Yves Robert à Paris. Ce colloque a permis à une dizaine de professionnels issus des sciences humaines et médicales, de France, de Suède, d’Italie ou de Belgique de partager leur expérience auprès des mineurs en situation de danger non demandeurs de protection.

Plusieurs centaines de participants ont assisté à la journée : cent-vingt personnes en présentiel et quelque quatre-vingt personnes en visioconférence. Parmi eux, différentes personnalités du Ministère de la Justice, de la Mission Interministérielle pour la Protection des Femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF), de la Mairie de Paris, du Défenseur des droits, des professionnels de l’Aide Sociale à l’Enfance, de la Protection Judiciaire de la Jeunesse et de divers secteurs : des travailleurs sociaux, des avocats, des médecins, des policiers, des psychologues, des sociologues et des associations.

Objet du colloque

Hors la rue observe depuis plusieurs années l’inadéquation des structures de la protection de l’enfance pour certains mineurs en situation de danger non demandeurs de protection.

Dans ce contexte, comment rechercher l’accord de ces jeunes ? Quels points d’accroche utiliser face à des jeunes qui multiplient les fugues, refusent de se soigner ou toute proposition éducative ? Comment identifier des leviers thérapeutiques pouvant être des pivots pour cheminer avec le jeune vers un mieux-être ?  Comment trouver des voies autres que celles de la pénalisation et de l’enfermement ?

L’objectif de cette journée était donc d’amorcer ces questionnements tout en essayant d’amener des hypothèses de réponses.

Après une introduction consacrée au processus de déshumanisation des jeunes du monde dans nos sociétés mondialisées, la matinée a mis en lumière le parcours de deux jeunes filles accompagnées par Hors la rue. Ces deux situations ont permis de rendre compte de leurs histoires, d’aborder les notions d’emprise et de trauma comme obstacle à leur adhésion, mais aussi de réfléchir à l’articulation du travail en partenariat ainsi qu’à la nécessité d’innover en termes de dispositifs et de structures adaptés. Afin de garantir la protection des jeunes, cette table ronde n’est pas diffusée sur nos canaux de communication, mais transcrite.

L’après-midi fut l’occasion pour différents professionnels agissant auprès de mineurs en situation de danger et/ou victime de la traite des êtres humains, venus de Suède, de Belgique et d’Italie, de partager leurs pratiques professionnelles et de présenter d’autres conceptions de la protection de l’enfance. Aussi des retours d’expériences positives menées en France ont été présentés, permettant ainsi d’amorcer une réflexion collective sur des possibilités d’action.

L’équipe d’Hors la rue souhaite remercier chaleureusement l’ensemble de ces intervenants pour le temps qu’ils ont consacré à cette journée.

Lire le programme de la journée (lien)

 

 

Les interventions de la journée

« Comment faire face, ensemble, à la déshumanisation des jeunes du monde dans nos sociétés ? » Lors de son intervention, Daniel Derivois, psychologue clinicien, professeur de psychologie clinique et psychopathologie, a questionné les refus des jeunes à des mesures de protection, qu’il soulève comme apparents.

daniel derivois

Olivier Peyroux, sociologue spécialisé dans la traite des êtres humains y présentait un panorama des différentes formes d’Exploitation en France et en Europe.

olivier peyroux sociologue

 

Florence Lardet, Substitut du Procureur, est intervenue sur l’articulation des professionnels et leur coordination tout au long du parcours de prise en charge des mineurs en danger.

 

Thomas Colin, coordinateur de la structure Esperanto et Sandrine François, criminologue, ont présenté leur centre d’accueil sécurisé et sécurisant pour mineurs présumés victimes de la traite des êtres humains ainsi que le système de protection de l’enfance belge.

 

Francesca Sguotti, psychologue clinicienne a Equality Social Cooperative, est venue d’Italie pour présenter le projet Na.Ve., dont l’objectif est de mettre en place une coordination des professionnels et d’animer un réseau de partenaires pour lutter contre la traite des êtres humains.

 

La journée s’est poursuivie avec l’intervention de Maria Von Bredow, analyst senior au Conseil National Suédois pour la Prévention du Crime, qui portait sur le système de prise en charge en Suède et sur son expérience auprès des mineurs marocains en situation d’errance aggravée : « boys on the move ».

Yann Le bris, directeur de l’association Koutcha et Yvon Rontard, directeur d’un Etablissement de Placement Educatif en Essonne, ont quant à eux présenté des expériences positives menées ou prochainement menées en France.

 

Pour conclure cette journée, Daniel Derivois, Grand témoin de la journée, est revenu sur les échanges ayant eu lieu tout au long de la journée.

 

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