Portrait : Marine, médiatrice en santé

 

  • Peux-tu te présenter ?

 

Je m’appelle Marine Rofes et je suis médiatrice en santé au sein d’Hors la rue depuis mars 2022. Je suis infirmière de formation : j’ai été diplômée de l’IFSI en 2019, après quoi j’ai exercé en tant que vacataire dans plusieurs hôpitaux, principalement en réanimation mais j’ai aussi travaillé dans la quasi-totalité des autres services. En parallèle de cette activité, je suis également devenue bénévole au sein de l’association Agir pour la Santé des Femmes (ADSF) en avril 2020. J’en suis ensuite devenue une salariée, d’abord en tant qu’infirmière puis ensuite en tant que référente médicale. J’y ai travaillé pendant 1 an et demi avant de rejoindre Hors la rue.

En tant que médiatrice en santé, mon travail s’inscrit dans une volonté de diminution des inégalités sociales d’accès à la santé. La médiation en santé est en effet un outil qui vise à rétablir une équité d’accès au système de santé en adaptant et personnalisant les accompagnements en fonction des ressources et des besoins de chacun et chacune. Au sein d’Hors la rue, l’idée est, dans un premier temps, de créer du lien grâce au volet santé pour ensuite pouvoir être en support pour les autres professionnel.le.s de l’association (éducateurs et éducatrices, chargées de mission…). C’est donc un poste vraiment central qui nécessite une collaboration importante avec les autres membres d’Hors la rue.

 

 

  • Quels sont tes premiers retours après ces 6 mois d’expérience au sein d’Hors la rue ? 

 

Ces premiers mois ont vraiment été une période d’adaptation. Il n’y avait pas de médiatrice ou de médiateur en santé avant moi à Hors la rue : il s’agissait d’une création de poste et il a donc fallu l’imbriquer dans les autres fonctions de l’association. Cela a nécessité une grosse période d’observation, notamment de nos publics. C’était en effet la première fois que je travaillais avec des mineur.e.s. Les problématiques relatives à la traite des êtres humains étaient également une nouveauté pour moi. Mais après ce temps d’acclimatation, j’ai pu pleinement prendre position au sein de mes fonctions et travailler avec plus de fluidité et une meilleure organisation avec les autres membres de l’association.

J’ai également eu à m’habituer aux différents publics d’Hors la rue. Je suis en effet amenée à réaliser des accompagnements avec 3 publics différents (mineurs algériens, roms roumains et jeunes filles en errance), ce qui est peu fréquent. Cela implique donc d’être capable de « switcher » rapidement et régulièrement entre des besoins, des attentes, des modalités, des communications différentes. Il faut alors être en capacité de parler santé via plusieurs thématiques et de différentes manières.

 

  • Quels sont tes constats, en termes de santé, sur les publics qu’on accompagne ?

 

Comme je viens de le dire, je travaille avec 3 publics différents. S’ils ont des problématiques et donc des besoins différents, on constate chez l’ensemble une dégradation de l’état général de santé : malnutrition, troubles dermatologiques, troubles bucco-dentaires, troubles du sommeil… On observe également chez toutes et tous une violence subie importante, physique et psychologique, exprimée ou non. Les maux liés à celle-ci sont plus importantes chez les jeunes filles en errance et les mineurs algériens, dont les conditions de vie d’errance, extrêmement précaires, entraînent un nombre important de blessures traumatiques. Cela se traduit très souvent par des premières demandes urgentes ; ce n’est que dans un second temps que l’on peut aborder la médecine générale et tenter de mettre en place un suivi. Les jeunes roms roumains n’ont pas les mêmes problématiques. Leurs conditions de vie sont en effet différentes (pas de situation d’errance), ce qui entraîne un nombre plus faible de blessures traumatiques, de troubles dermatologiques et de polyconsommation.

Des problématiques liées à la santé mentale sont également présentes chez tous les publics (emprise, mal-être, dépossession…). Comme pour les violences, elles peuvent être exprimées comme ne pas l’être du tout, certains et certaines se réfugiant dans le mutisme.

 

Depuis mon arrivée, on remarque qu’avoir une personne dédiée à temps plein à la santé a modifié les comportements des jeunes. Parler autant de santé, créer une répétition dans son questionnement permet de la remettre au cœur de l’individu et de faire émerger des demandes. On constate alors un effet « boule de neige » depuis 2/3 mois : les nouvelles demandes font ressortir de nouveaux besoins qui entraînent d’autres demandes. Ce ne sont pas tant les besoins qui ont évolué que la place accordée par les jeunes à leur santé. Cette place, en devenant centrale, permet de transformer les accompagnements en parcours de soins pérennes, avec un vrai lien et un important travail partenarial. On peut ainsi mettre en place une « logique santé » avec l’accumulation des accompagnements et l’augmentation des demandes qui en découlent. La vision qu’ont les jeunes de leur santé commence doucement à changer, ils apprennent petit à petit à la verbaliser, à la prioriser et à s’autonomiser.

 

 

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