« LE CONTACT EST FRAGILE, LABILE, SOUMIS A DES PRIORITES PARFOIS DIFFICILES A APPREHENDER » : RETOUR D’EXPERIENCE DE MARINA LAVIGNE BENEVOLE MEDECIN A HORS LA RUE DURANT LE CONFINEMENT

Pendant toute la période de confinement, l’équipe éducative d’Hors la rue a veillé à adapter ses modalités d’intervention afin de maintenir le lien avec les jeunes accompagnés par l’association. Marina Lavigne bénévole/administratrice de l’association mais également médecin généraliste a tenu à apporter son renfort à l’équipe en participant à plusieurs maraudes durant la période de confinement. Nous revenons à travers cet entretien sur ce qu’elle pu observer et ressentir lors de ces maraudes

 1/ En tant qu’administratrice de l’association Hors la rue et médecin généraliste, vous avez participé ces dernières semaines à quelques maraudes,  qu’avez-vous pu observer sur le terrain ? Quels besoins avez-vous pu identifier ?

Marina Lavigne : ​Avec la violence de la rue, les demandes de mise à l’abri étaient très vite formulées, les jeunes  étaient dans un état de fatigue avancé. Il semble que ces demandes soient plus fréquentes qu’à l’accoutumée;  le contact est fragile, labile, soumis à des priorités parfois difficiles à appréhender. 

Les besoins sont  ceux de base: se nourrir se laver, dormir à l’abri. Il est cependant évident que la vie est d’une complexité et d’une violence inouïe. Rien n’est simple, rien n’est stable, rien n’est jamais pareil d’un jour à l’autre. La seule constante est finalement la consommation de toxiques divers et variés.

Il est important de mentionner que les demandes de mises à l’abri effectuées ont souvent trouvé un écho rapide auprès des services sollicités, ce qui témoigne des efforts conjoints des acteurs de la protection de l’enfance, vraiment bienvenus en ces temps bouleversés.

2/ Avant le confinement, vous interveniez déjà en rue avec les éducateurs,  avez-vous  noté une dégradation de l’état sanitaire des jeunes suite à la diminution de l’offre sociale durant cette période ?

 Marina Lavigne : ​Les jeunes rencontrés n’étaient pas des mêmes groupes, puisque les maraudes précédent le confinement étaient autour de la gare de l’est,  plutôt fréquentée par un autre groupe de jeunes Roumains, que je n’ai pas encore revus.

C’est autour du métro La chapelle et à Barbès, que j’ai accompagné les éducateurs ces dernières semaines. L’état de santé des jeunes garçons rencontrés, essentiellement marocains, est particulièrement préoccupant que ce soit sur le plan somatique ou sur le plan psychique. Sur le plan médical, l’état cutané très délabré est directement évident : des plaies multiples et douloureuses, infectées la plupart du temps, faites par armes blanches, des coupures sur les mains, les bras, les jambes, reflets de la violence quotidienne qu’ils doivent affronter; mais aussi des affections oculaires, parfois fait de violences policières par gaz lacrymogènes, ou un état dentaire catastrophique, sont aussi constatés. Les addictions sont quasi systématiques: tabac, cannabis, médicaments psychotropes, cocaïne, alcool.

Quelques filles sont là aussi, encore plus préoccupantes que les garçons de mon point de vue, rajoutant les infections gynécologiques aux autres problèmes, et leur grande vulnérabilité.

3/ Aujourd’hui et au vu des circonstances exceptionnelles dues au COVID-19, votre lien avec l’équipe éducative est renforcé, pouvez-vous nous en dire plus sur cette collaboration ?

 ​Marina Lavigne : Le travail en rue des éducateurs est remarquable. Leur connaissance du terrain donne tout son sens à l’action de Hors la Rue. 

A la grande volatilité des jeunes, ils répondent par une constance sans cesse renouvelée et, loyalement sans  fausse promesse, font des propositions le plus souvent en urgence pour trouver des solutions d’hébergement par exemple.  Le lien avec les jeunes ayant un suivi plus individualisé est maintenu aussi via la technologie, certains éducateurs ne pouvant être à l’époque déconfinés restaient toutefois mobilisés et disponibles pour des entrevues via un appel vidéo pour les jeunes le demandant.

Sans doute que de tourner avec les éducateurs procure un appui sanitaire parfois bienvenu, et si besoin était, leur signifier qu’ils affrontent des situations médicales extrêmes, ce d’autant qu’il s’agit de mineurs.

4/  Aujourd’hui, quel est pour vous le plus grand danger auquel doit faire face les populations vivant en rue et en bidonvilles ?

Marina Lavigne :  Je ne suis pas certaine de pouvoir identifier un danger plus qu’un autre, les conditions de vie de ces jeunes réunissant tout ce qui m’apparaît comme dangereux, pour le temps présent comme pour le futur.

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